Le marché des drogues illégales en France

Une très intéressante étude a été présentée par la Midelca (Mission interministérielle de Lutte contre les drogues et les conduites addictives) le mardi 3 novembre 2015. Elle est basée pour la première fois sur les chiffres provenant des dépenses déclarées par les usagers eux-mêmes dans le baromètre santé 2010. Elle apporte en cela un éclairage différent des études précédentes et fournit une moisson d’informations et de chiffres extrêmement instructifs.

Réalisée par des chercheurs de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) elle scrute à la loupe, en France pour l’année 2010 d’une façon inédite, le marché des drogues illicite. Il pesait 2,3 milliards d’euros Soit 0,117 % de notre Produit intérieur brut (PIB). Cela représentait l’équivalent, pour chaque français, de 36 euros de dépense par an en substances psycho-actives illégales. Le cannabis, devenu d’un usage courant représentait l’essentiel des achats de stupéfiants illicites (48 %). Il était suivi de près par la cocaïne, qui progesse (38 %) rendu plus accessible avec la baisse constante de son prix.

Dans le détail, cette étude confirme pour une bonne part ce que nous savions déjà, entre autres : la montée en puissance du principe actif du cannabis (le THC, Δ9 – tétrahydrocannabinol, a triplé en l’espace de 15 ans, passant de 6 % en 1999 à 10 % en 2005 puis 10,5 % en 2010 pour atteindre 20,7 % en 2014.), la démocratisation de la cocaïne et la baisse de son prix, le retour de l’héroïne associée aux médicaments de substitution et une place réelle, mais difficile à évaluer, occupée par toutes les drogues de synthèse.

Le cannabis génère près de la moitié (48 %) du chiffre d’affaires de l’ensemble des drogues en France

Le chiffre d’affaires du cannabis en France en 2010 est estimé entre 810 et 1 425 millions d’euros pour une moyenne de 1 117 millions d’euros et un volume moyen de transactions de 154 tonnes. Le cannabis reste en volume et en valeur le premier marché des drogues illicites en France.

Un marché de la cocaïne en forte progression

Le marché de la cocaïne a, quant à lui, significativement évolué entre 2005 et 2010. Il atteint en 2010, selon les estimations, un chiffre d’affaires de 902 millions d’euros pour 15 tonnes consommées. Si l’on se réfère à une estimation antérieure réalisée par des chercheurs américains, Beau Kilmer et Rosalie Pacula [2009], nous passons de 8,3 tonnes en moyenne en 2005 à 15 tonnes en 2010 pour une valeur de 488 millions d’euros en 2005 à plus de 900 millions d’euros en 2010. Ces estimations suivent en cela l’augmentation des prévalences constatée par les Baromètres santé sur la décennie 2000, lesquelles ont été multipliées par trois. Ici, la loi de la demande apparaît avoir joué à plein puisque le prix de détail de la cocaïne a quasiment été divisé par trois entre 1990 et le milieu des années 2000, passant de 150 euros le gramme à 60 euros,

Un marché de l’héroïne qui confirme son « retour »

Le marché de l’héroïne est estimé entre 204 et 329 millions d’euros en 2010 pour des quantités consommées entre 5,1 et 8,2 tonnes. Si l’on traduit ces quantités consommées en héroïne pure, cela représenterait entre 306 et 493 kilos d’héroïne pure, or, le taux de pureté de l’héroïne vendue en gros (au kilo) était de 10,5 % en 2010 [OCRTIS, 2014], les quantités (que l’on peut supposer importées sur le territoire) sont de l’ordre de 4,8 à 7,85 tonnes pour un chiffre d’affaires de 61 à 99 millions d’euros. La difficulté d’estimation de ce marché est le fait de l’existence des médicaments de Substitution aux Opiacés (MSO). Ces derniers concurrencent l’héroïne sur le marché plus large de celui des opiacés.

Une première estimation du marché des drogues de synthèse

Sous l’intitulé « drogues de synthèse » sont regroupés de nombreux produits, ou de nombreuses molécules, inscrites sur la liste des stupéfiants. L’évolution croissante des innovations moléculaires et Internet rendent l’analyse du marché des drogues de synthèse particulièrement complexe. D’une part, de nouvelles molécules, ou classes de molécules, apparaissent constamment et d’autre part, l’offre s’affranchit des frontières grâce à la vente sur Internet.

Le chiffre d’affaires en 2010 de la vente d’Ecstasy/MDMA serait compris entre 13,2 et 71,6 millions d’euros et entre 3,7 et 42 millions d’euros pour les amphétamines.

Conclusion autant le marché du cannabis, en volume apparaît relativement stable entre 2005 et 2010, sans doute en nette augmentation depuis, autant son prix et ses effets psychotropes ont enregistré une nette progression. Cette évolution a été possible car on retrouve désormais plus de substance active, c’est-à-dire de THC, pour une même quantité standard de cannabis 18. Autrement dit, la concurrence a fait baisser le prix au gramme pur de THC tout en augmentant le prix de vente dans la rue du cannabis au gramme.

Concernant le marché de la cocaïne, il augmente considérablement avec une prévalence multipliée par trois et nous estimons que le chiffre d’affaires de cette substance illicite a doublé entre 2005 et 2010. L’offre a su diviser par trois le prix au détail du gramme de la cocaïne en 15 ans, notamment au travers de l’augmentation

Pour le reste les drogues de synthèse ou les produits de substitutions rendent les études particulièrement difficiles.

http://www.inhesj.fr/

http://www.inhesj.fr/sites/default/files/files/securite/synthese_ri_ad.pdf