2019 – Depuis octobre 2018, réunions hebdomadaires de partages de bonnes pratiques

Comme mentionné dans le guide “Addictions & troubles psychiatriques” que vient d’éditer la Fédération Addiction, Acte libre a mis en place depuis octobre 2018 un groupe de parole hebdomadaire consacré au partage de bonnes pratiques issues de l’expérience. Acte Libre s’appuie sur le postulat que la démarche de rétablissement pour les personnes souffrant de pathologie mentale ou d’addiction peut bénéficier d’une base commune. Acte Libre  propose de développer la communication autour de l’accompagnement et la démarche de rétablissement des personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou d’addiction. ➝ D’organiser des réunions témoignages et d’échanges autour des bonnes pratiques issues du savoir expérientiel. ➝ D’organiser des groupes de paroles, autour d’un programme de rétablissement et de mieux être, issu du savoir expérientiel. Les réunions ont lieu tous les mercredi de 19 h à 21 h 7 bis rue du Pasteur Wagner – 75011 Paris Métro : Bréguet-Sabin ou Bastille  

Lire la suite

Réunion 26 septembre 2018 – La peinture pour survivre et vivre

Réunion du 26 septembre 2018 – La peinture pour survivre et vivre Avec sa barbichette soignée, Bernard Neveu dit Lagorio, son nom d’artiste, a des faux airs de d’Artagnan, mais ses armes sont ses pinceaux ou plutôt son couteau, car c’est la peinture au couteau qui a sa préférence. Bernard n’a pas eu la vie facile. Enfant solitaire, silencieux, presqu’autiste, il se réfugiait dans sa chambre pour lire des BD et passait des heures à dessiner des personnages. Le dessin qu’il attrape comme un heureux virus, puis la peinture dont il acquiert la technique à 22 ans dans la prestigieuse école Duperré, ont été sa colonne vertébrale. ” J’ai 61 ans, exercé divers métiers mais aucun ne m’a satisfait. La jouissance de dessiner et de peindre a été ma raison de vivre pendant toutes ces années et l’est encore”. Après s’être essayé à la BD, il se consacre tout entier à la peinture au début des années 90 et rencontre vite un certain succès. “Je trouvais facilement des lieux où exposer, dans des cafés ou des restaurants notamment, et mes tableaux commençaient à se vendre”. Bernard est malheureusement rattrapé par ses difficultés psychiques. ” J’ai sombré dans une dépression qui couvait depuis l’enfance et qui est allée crescendo, de pair avec un alcoolisme grandissant”. A l’hôpital Saint-Anne où il se fait soigner, il garde heureusement un contact avec la peinture, grâce aux séances d’art-thérapie organisées le jeudi après-midi. “Cela m’a permis de garder la tête hors de l’eau mais j’avais perdu toute confiance en moi, et de 2002 à 2015 j’ai arrêté d’exposer”. 2015 est une année charnière pour le peintre après que 2009 ait été décisive pour l’homme. “L’arrêt d’alcool en 2009, grâce au mouvement des alcooliques anonymes, m’a permis de me rétablir. En 2015, j’ai découvert l’Artame Gallery, un lieu où je peins au milieu d’autres artistes qui ont également des difficultés psychiques “. L’originalité et la force d’Artame Gallery et de ses ateliers de Belleville (comme l’a déjà expliqué Paolo Merloni – voir le compte-rendu de la réunion du 25 avril 2018) sont de considérer les artistes et non leurs difficultés. “C’est un lieu convivial, d’émulation et de partages, avec des expositions collectives auxquelles je participe avec bonheur et des expositions personnelles, comme celle que j’ai organisée l’an dernier. Cela a très bien marché. J’ai aussi recommencé à peindre chez moi et à exposer dans des lieux insolites, chez un torréfacteur de café à Beaubourg ou un épicier bio au Pré Saint-Gervais “. Bernard s’anime et est intarissable quand il parle de sa vie de peintre et de ses oeuvres. “Au début des années 90, ma peinture était figurative et oscillait entre expressionnisme et surréalisme. Elle a beaucoup évolué vers des paysages à la limite de l’abstraction, des tableaux qui dépeignent la désolation, les ruines, les guerres …”. Les noms des tableaux parlent d’eux-mêmes : “Sarajevo 1994”, “Alep”, “Vintimille” car le drame des migrants l’affecte énormément ou encore “Vendredi 13, vendredi noir”, réalisé au lendemain des attentats du Bataclan. “Je peins ce qui m’affecte, comme si je chantais du blues “. Sa créativité se renouvelle sans cesse. Bernard a débuté début 2018 une série de tableaux consacrés à l’Age de pierre. L’effet produit par sa représentation des pierres, dolmens, tumulus ou peintures pariétales est saisissant. La neuvième oeuvre de la série montre un taureau sanguinolent peint sur la paroi d’une caverne. ” J’exposerai dès que possible cette nouvelle série à Artame et je vous y attends “. Bernard a le sourire. La peinture et toutes les démarches qu’il a entreprises pour se rétablir ont métamorphosé sa vie.  

Lire la suite

Mardi 26 juin 2018 – Spiritualité et rétablissement : ça marche et ce n’est pas magique

Spiritualité et rétablissement : ça marche et ce n’est pas magique. Vincens Hubac, pasteur de l’église protestante unie témoigne de l’importance d’avoir une démarche spirituelle pour se rétablir. Que signifie être rétabli ? C’est la première question que s’est posé Vincens Hubac, le pasteur du temple qui accueille les réunions d’Acte libre dans le onzième arrondissement de Paris. “Dans rétablissement, il y a RÉ-Établir, c’est à dire poser de nouveau les choses comme elles devraient être par rapport à ce qui s’est perdu ou a été dégradé “, explique-t-il. Il n’y a rien de magique. Pouvoir se raccrocher à des souvenirs réconfortants est bien sûr important. Mais dans les difficultés extrêmes, il est primordial de pouvoir prendre aussi du recul en se détachant des problèmes et des contingences matériels. Toute démarche spirituelle implique en effet un changement de paradigme, une perspective différente de soi-même, des autres et du monde. “En faisant “le vide”, par la méditation ou la relaxation par exemple, et en se concentrant sur l’essentiel, on entre en contact avec une formidable source d’énergie. Cette source d’énergie permet de se ressourcer, de se RÉ-Etablir”, s’émerveille le pasteur. La spiritualité permet alors de négocier et de dépasser une souffrance, même extrême, pour vivre l’instant présent donc revenir à la vie. “Les grands mystiques ne sont pas des gens qui ne sortent pas de leurs cellules comme on les présente trop souvent. Ils sont au contraire très présents et très actifs, physiquement et intellectuellement, et pleinement investis dans les affaires du monde “. Chacun accède à sa propre spiritualité. “Les “choses de l’esprit” s’écrivent avec un petit “e” si l’on est agnostique ou athée, avec un grand “E” si l’on est croyant comme moi”. La spiritualité part de nous pour revenir en nous. Quand il guérit, Jésus dit : “ta foi t’a sauvé, c’est toi qui t’est guéri. Se rétablir n’est pas une affaire de magie, répète Vincens Hubac. Notre guérison nous appartient”.

Lire la suite

Réunion 30 mai 2018 – Déprimer puis s’en sortir enfin

Pendant près d’une heure, Raphaëlle a raconté avec émotion la terrible dépression qui l’a frappée à son départ à la retraite et comment elle repris goût à la vie.   Raphaëlle a beaucoup aimé son métier. “Infirmière, je me suis longtemps occupée des grands prématurés. Dans l’équipe du service de réanimation néonatale, j’étais celle sur qui les autres pouvaient s’appuyer. Personne ne pouvait se douter que j’avais parfois des accès dépressifs qui m’empêchaient d’aller travailler. Je les cachais derrière une autre pathologie”. Une chape de plomb Ses difficultés ne datent pas d’hier. Raphaëlle a fait il y a 40 ans une grave dépression qui l’a conduit à l’hôpital Saint-Anne. “Mais globalement, j’ai plutôt bien “géré” mes dépressions et mes angoisses jusqu’à ma retraite. Ma maison, mes enfants, mon travail m’ont apporté le cadre et la stabilité dont j’avais besoin”. Lorsqu’elle prend enfin sa retraite, il y a deux ans, à 65 ans, elle n’est d’ailleurs pas inquiète. ” Je pensais gérer facilement le vide que laisserait derrière lui le travail, mais cela a été très vite le trou noir”. Une chape de plomb s’abat sur elle. “Je passais mes journées sous la couette, les rideaux tirés, la porte de la chambre fermée pour m’isoler encore davantage du monde. Dans ma tête, c’était parfois le vide absolu, parfois des pensées en boucle sur tout ce que je devais faire, mais la moindre chose me semblait si fatigante …” L’obsession de se nourrir Un souvenir la fait aujourd’hui sourire. ” Combien de fois me suis-je habillée, bien décidée à sortir acheter la bonne baguette chaude qui me faisait envie ? Mais impossible de franchir la porte. Et impossible de demander de l’aide. J’aurais pu inviter une amie à prendre le thé. Elle aurait acheté au passage des gâteaux et la fameuse baguette. Parler avec elle m’aurait fait du bien. Mais la dépression coupe entièrement des autres”. Quand elle déprime, la nourriture est l’une de ses obsessions. ” Je profitais du moindre moment pendant lequel j’allais mieux pour préparer de quoi me nourrir plus tard. De même, si je déprimais lorsque les enfants étaient encore à la maison, mon obsession était de remplir le réfrigérateur pour qu’ils aient toujours à manger”. Et tous les soirs, le même sentiment de culpabilité l’envahit. Elle se dit que cela ira mieux demain et qu’elle se lèvera pour faire ce qu’elle n’a pas fait la veille. Mais peine perdue. “La dépression enferme dans un cercle vicieux. Ce n’est pas le fond du trou mais un trou noir dans lequel seuls comptent la souffrance et le sentiment de n’avoir aucun avenir”. Des rencontres décisives Raphaëlle n’attend aucune aide des psychiatres qu’elle ne connaît que trop. “Toute ma vie, je les ai eu en horreur, plus encore que leurs médicaments. J’ai toujours pensé que je ne les intéressais pas, qu’ils étaient payé pour m’écouter et ne le faisaient pas vraiment”. D’ailleurs dès que les choses repartaient, elle quittait le psychiatre qui la suivait pour son généraliste. Sa sortie de la dépression va pourtant venir des médecins. Raphaëlle avait repoussé à son départ à la retraite une opération délicate. L’équipe médicale la trouve trop déprimée et l’oriente vers le CMP du 11ème. Sa rencontre avec Geneviève, la psychologue qui la reçoit, est décisive. “Je me sentais enfin écoutée, comprise, soutenue. On ne portait pas de jugement sur moi et toute l’équipe du CMP avait le désir de m’aider”. Il n’y a pas de baguette magique. Le processus de rétablissement était enclenché mais Raphaëlle rechute par deux fois. Sa capacité d’agir se remet pourtant lentement mais sûrement en marche. “On m’a suggéré de suivre les activités proposées par le CMP, notamment le théâtre d’improvisation qu’anime Camille un vendredi sur deux. Désormais, à chaque fois qu’il y avait théâtre, je me levais, y allais, et me sentais mieux. Très vite, j’ai attendu “mes” séances avec impatience. De nouveau le sourire L’une de ces séances sert de déclic. On m’a demandé de lire un texte en chantant. ” Je ne pensais pas y arriver car chanter a toujours été une énorme difficulté pour moi. Pourtant je me suis levé, tourné vers le groupe, un air m’est venu spontanément et j’ai chanté mon texte”. Le théâtre, les cours d’informatique qu’elle suit également, le suivi psychologique sont efficaces. Petit à petit, Raphaëlle sort de sa dépression. “Les dépressifs ont peur d’aller bien. Dès qu’ils se sentent un peu mieux, une petite voix leur dit “c’est reculer pour mieux sauter”. Cette fois, lorsque les psychologues du CMP, ses partenaires de théâtre, les personnes de son entourage, lui disent qu’ils sont heureux de la voir de nouveau avec le sourire, elle les croit. “Et je les crois toujours aujourd’hui !”, ré-affirme Raphaëlle en souriant à la salle.

Lire la suite

Réunion 25 avril 2018 – Et Paolo se remit à la peinture

Et Paolo se remit à la peinture    Ses difficultés l’avaient obligé à ranger ses pinceaux. Grâce à Artame Gallery,  Paolo a retrouvé le bonheur de peindre, une activité vitale pour son rétablissement. L’Artame Gallery a joué un rôle essentiel dans le rétablissement de Paolo.  Lorsqu’il découvre cette association, qui s’adresse à des artistes fragilisés par des troubles psychiques, Paolo a recommencé à dessiner depuis peu. ” Depuis mon arrivée à Paris, en 2009, j’avais lâché prise et vivais enfermé à la maison. Pour m’inciter à me remettre à la peinture, mon père m’a offert de quoi dessiner il y a deux ans. Je n’ai plus arrêté depuis”, raconte-t-il. Rompre son isolement Au début, Paolo dessine “comme un fou” tout ce qui est autour de lui : sa chambre avec ses meubles et son “bordel”, les membres de sa famille, son quartier du IXième arrondissement de Paris (le Canal Saint-Martin, l’église Saint-Vincent, …), l’Italie où vit sa mère… ” J’ai très vite eu besoin de peindre. On m’a parlé d’Artame.  J’étais tellement heureux de trouver un lieu où travailler tranquillement, où je pouvais aussi rompre mon isolement en rencontrant d’autres artistes qui sont devenus des amis, que depuis j’y vais presque tous les jours ! “. Pendant que Paolo s’adresse à la salle, plusieurs de ses tableaux sont projetés derrière lui. Le tableau de l’église Saint-Vincent, avec sa voute gothique, l’assemblée de fidèles et ses couleurs (du bleu intense, du rouge, du jaune …) est particulièrement frappant. “Je l’ai peint pendant la messe. Une animatrice d’Artame m’a dit que ce tableau donnait envie de prier”.  Paolo ne manque en effet pas de talent. “Il a fait les Beaux-Arts à Rome où il a exposé et commencé une carrière de peintre avant que ses problèmes ne l’éloignent de sa peinture “, explique son père. Des artistes avant tout L’un des secrets d’Artame Gallery et de ses ateliers de Belleville est de considérer les artistes et non leurs difficultés. Valérie, l’une des responsables de l’association, insiste sur ce point : “les dessinateurs, peintres, photographes, sculpteurs ou vidéastes que nous accueillons sont d’abord et surtout des artistes. Les ateliers artistiques des structures thérapeutiques ne leur conviennent pas forcément et dans les ateliers de la ville de Paris, l’intégration n’est pas toujours évidente. De ce constat est née l’idée de constituer un groupe d’artistes souffrant de troubles psychiques qui pourra exposer dans des lieux associatifs mais aussi participer à des expositions dans des galeries d’art”. Cet aspect des choses est primordial pour Paolo et ses compères d’Artame, qui comme lui ont pour la plupart une solide formation et ont exposé avant de connaître la galerie de Belleville.  ” Nous sommes des artistes, pas des malades, c’est extrêmement important ! “, répète Paolo.  Et Bernard, Mélanie et Iris, qu’il a connu à Artame, d’ajouter : “C’est un lieu où se me suis re-sociabilisé,  mais c’est avant tout la peinture qui nous unit, pas les problèmes psychiques”, explique Bernard. ” J’ai reçu énormément d’encouragement, de la part de l’équipe qui nous encadre et des autres peintres. Cela a été une grande chance car je n’arrivais plus à peindre chez moi et cela me frustrait énormément”, ajoute Mélanie. Quant à Iris, elle se félicite du tremplin qu’est Artame Gallery. “Nous exposons à Lyon, à Bruxelles, c’est formidable !” Dépasser ses problèmes  Tous les quatre ont en commun d’avoir besoin de peindre pour dépasser leurs problèmes. Paolo explique que sans ses pinceaux et sa palette, il lui serait impossible d’aller mieux et de trouver de la sérénité. Depuis qu’il fréquente Artame, sa peinture a d’ailleurs changé. Cette évolution est le reflet son rétablissement. “Mes tableaux sont beaucoup plus concrets qu’avant. Je peins les gens et les endroits que j’aime, ce qui se passe autour de moi… “.  La peinture a repris toute sa place dans sa vie.  Mais elle aide désormais Paolo à repousser ceux qu’il appelle ses vieux démons.

Lire la suite

Réunion 28 mars 2018 – Le théâtre d’improvisation, source de mieux-être

Compte rendu de la réunion qui s’est tenue le mercredi 28 mars 2818 à 19h30, 7bis rue de Pasteur Wagner, 75011 Paris. Le théâtre d’improvisation, source de mieux être Comment le théâtre peut-il être une aide au rétablissement ? Pour Camille Lamache, comédienne et metteuse en scène, la réponse va de soi : “le théâtre part d’une recherche de soi qui a des vertus thérapeutiques, mais dans le cadre de mes activités à l’hôpital de jour, je ne me considère ni comme une soignante ni comme une art-thérapeute”. Les ateliers qu’elle anime depuis quatre ans privilégient le théâtre d’improvisation plutôt que le théâtre de texte. “Nous n’avons aucun représentation en vue. Ce que l’on veut, c’est avoir le moins de pression possible. Or l’improvisation permet de créer sur mesure, dans l’instant et sans aucune préparation. Cela nécessite du lâcher prise, mais dans un cadre, sans mise en danger”, explique la jeune femme, en insistant sur le fait que ses ateliers sont avant tout des lieux de bienveillance, d’amusement et de liberté d’expression. En impro, tenter c’est déja réussir A cette école de théâtre, il n’y a jamais d’échec. “L’improvisation nous demande de trouver des solutions aux mises en situation auxquelles nous confrontent les autres participants. C’est comme dans la vie, quand on se dit “ok : il se passe des choses, comment vais-je en tirer parti pour rebondir et aller mieux ?”. En santé mentale, observe la comédienne,  corps et esprit sont souvent déconnectés l’un de l’autre. En travaillant sur la communication non verbale, les participants “ré-appréhendent” leur corps et  “ré-apprivoisent” celui des autres. “Prendre la parole, faire des propositions de jeux, se confronter aux regards, accepter les propositions, tout concoure à retrouver de la confiance. Les exercices vont permettre à chacun, dans la mesure de ses capacités, de travailler l’attention, la concentration, la mémorisation. ..” Et Camille de conclure : “en improvisation, tenter c’est déjà réussir. Il faut oser, faire confiance aux autres et essayer “! Accros de l’impro Dans la salle, Raphaëlle, Paolo et Christine, trois participants du groupe animé par Camille à l’hôpital de jour Les Taillandiers, reconnaissent être devenus très vite ” des accros de l’impro”. ” Les soignants m’y incitaient mais j’hésitais. Je ne le regrette pas. Mon psychothérapeute s’est du tout de suite rendu compte que quelque chose s’était passé. Il n’imaginait pas que c’était le théâtre” ! Raphaëlle se souvient tout particulièrement d’un exercice. “On m’a proposé de lire en chantant. Cela m’a fait un bien fou, alors que je suis timide et ose à peine chanter sous la douche”, s’émerveille-t-elle encore. Pour Paolo, les séances d’improvisation sont avant tout du bonheur. ” Je trouve tout de suite ma place même si le groupe a changé d’une séance à l’autre. Et lorsqu’il m’arrive d’être triste, cela ne dure pas. Je repars à chaque fois heureux pour la journée”. Christine qui découvre les cours de Camille insiste sur le sérieux de ce qu’on lui fait faire. “Les exercices sont amusants et efficaces. Ils me permettent déjà de m’affirmer davantage et d’être de nouveau bien avec d’autres. La séance de relaxation qui clôture le cours me fait déjà beaucoup de bien “. Pour finir, Camille décide qu’il y en a assez des paroles et qu’il faut passer aux actes. Sous sa houlette, la salle de réunion de la rue du Pasteur Wagner se transforme en scène de théâtre d’improvisation. Pendant une heure, tout le monde chante, danse, joue et s’amuse Les bienfaits du théâtre d’improvisation sont immédiats. Quand, où, comment ? Les séances ont lieu en période scolaires, tous les 15 jours, à l’hôpital de jour Les Taillandiers. Il suffit d’être sectorisé dans le onzième arrondissement et d’avoir l’accord de son médecin référent.  

Lire la suite

Réunion 28 février 2018 – Les entendeurs de voix donnent rdv à leurs voix

Compte rendu de la réunion inaugurale qui s’est tenue le mercredi 28 février 2818 à 19h30, 7bis rue de Pasteur Wagner, 75011 Paris.   Les entendeurs de voix donnent rendez-vous à leurs voix Lors de cette première réunion d’Acte libre, Ludovic nous a fait part de son expérience “d’entendeur de voix”. Son témoignage s’appuie sur l’ouvrage “Living with voices, 50 stories of recovery (50 histoires de rétablissement)” – malheureusement non traduit en français. “Ce livre montre comment il est possible de surpasser le problème des voix, de reprendre sa vie en main en détaillant notamment 9 chemins de rétablissement que je vais vous exposer”, indique-t-il (afficher et enregistrer la présentation en PDF).   Entente de voix ou “magie noire” ? La salle a très vite réagi. M. a pris la première la parole. Elle se demande si ce qu’elle vit relève d’une pathologie. Elle explique se sentir envoutée par sa voisine de palier. Cette personne d’origine africaine agirait par “transmission de pensée”, par chamanisme, la perturbant jour et nuit. M. regrette que les africains vivant en France considèrent ce sujet comme tabou et refusent d’en parler avec elle. E., membre du groupe d’entendeurs de voix du douzième arrondissement de Paris souligne la limite difficile à trouver entre le problème de M. qui s’apparenterait à de la “magie noire” et l’entente de voix, même si elle considère le trouble psychologique de M. comme bien réel. L’un des participants indique avoir vécu une expérience similaire avec un ami africain.   Plus difficile pour certains Un autre intervenant, M. X. rappelle son passé “d’addict” – il fréquente encore les réunions AA (Alcooliques anonymes) et NA (Narcotiques anonymes). Il rencontre dans son métier des personnes qui entendent des voix. “Moi même, ajoute-t-il, avec  mes problèmes d’addiction, j’entends une voix qui me parle, me juge et m’auto-évalue. Est-ce vraiment une voix ? Est-elle intérieure ou extérieure ? Se parler à soi même est-il considéré comme une “entente de voix”, interroge-t-il ? Ludovic lui répond : “Vous avez votre propre voix. Beaucoup de gens entendent des voix, mais c’est un phénomène plus difficile à vivre pour certains que pour d’autres”.   Donner “rendez-vous” à ses voix Une participante explique arriver à gérer en grande partie ce phénomène grâce aux groupes de parole, sauf si ses émotions la pousse à la dépression. “Il faut essayer de changer le pouvoir des voix, lui suggère Ludovic. Se positionner en tant que ” leader”, essayer de se sentir plus fort que la voix” est efficace pour certains”. “Si les voix sont négatives ainsi que mon état d’esprit, il faut que je m’appuie sur les cotés positifs de mon quotidien. Aucun des deux psychiatres que j’ai consultés ne m’a jamais expliqué cela”, regrette une autre participante. Ludovic revient sur son propre conflit intérieur et sur les solutions de rétablissement décrites dans “Living with voices”. ” Certains parviennent à demander à leurs voix de les “laisser tranquille” ou leur donnent rendez-vous à des moments plus propices de la journée”. Une participante souligne l’intérêt que peut avoir à ces moments la méditation en pleine conscience ou la relaxation.   “Rev France”, réseau français des entendeurs de voix L’une des personnes présentes dans la salle pointe l’importance des groupes de paroles, quels qu’ils soient. “Ils offrent une qualité d’écoute et sont un lieu de parole très particulier et très aidant, en tout anonymat”. Les groupes de parole, espère-t-il, seront à terme le principal moteur de son rétablissement. Quelqu’un s’interroge sur ce qu’un groupe de parole pourrait apporter à un schizophrène de sa connaissance qui s’apprête à quitter l’hôpital. Ludovic lui suggère de chercher des informations à ce sujet sur le site de “Rev France”, le réseau français des entendeurs de voix (www.revfrance.org). Un autre rapporte qu’il a l’impression en entendant ses voix de les visualiser. “Elles sortent et entrent de mon corps en permanence comme si elles étaient chez elles”.   Se déculpabiliser entend une voix qui l’incite à se jeter sous le métro. “Mon subconscient me dit alors “non, ne le fait pas, pense à la conductrice et aux gens qui seront marqués à jamais par ton geste”. Une entendeuse de voix se félicite de ce témoignage, arguant que penser aux autres et s’éloigner de son égoïsme lui permet de résoudre en partie ses propres problèmes. Quant à N., elle plaide pour l’entraide et la déculpabilisation. “Les partages aident énormément à cela”, estime-t-elle. Arriver à positiver même pour de petites choses m’aide à rendre ma “voix” moins invasive”.   Rester optimiste La réunion s’achève sur une note optimiste. “Entendre des voix nous ramènent souvent plus bas que terre. Savoir que d’autres connaissent des problèmes de même nature permet de mieux l’accepter et de le “normaliser”, ce que la société refuse de faire. Le mot de la fin revient à une personne qui se présente comme thérapeute. “Je ne l’avais jamais dit avant cette réunion mais j’ai entendu des voix pendant une dizaine d’années. Elles m’ont accompagnées jusqu’à la fin de mon adolescence et ont désormais complètement disparues. ” Un apport positif et encourageant qui laisse aux “entendeurs de voix” une grande partie de leur mystère.

Lire la suite