La Fédération Addiction vient de publier un guide très complet sur la difficulté de prendre en charge des patients souffrant d’une pathologie mentale et d’une addiction. Une problématique que peu d’établissements peuvent assurer de façon intégrée.

Aujourd’hui, en France, les difficultés de repérage et de prise en charge des publics souffrant à la fois de troubles psychiatriques et de problématiques addictives ne permettent pas de les accompagner au mieux du fait notamment de logiques de filières. La prise en compte de ces pathologies est souvent cloisonnée entre le secteur de l’addictologie et celui de la psychiatrie, les professionnels de chaque champ ayant tendance à se concentrer sur la pathologie de leur domaine et à négliger de repérer ou de traiter celle « hors champ », souvent considérée comme secondaire à celle de son domaine d’expertise.

Pourtant, la corrélation entre les deux problématiques est à la fois fréquente et même prégnante notamment au plan pronostic, chacune ayant un effet péjoratif sur le devenir de l’autre. Dans certains cas, ces interactions peuvent même être causales, certains troubles psychiatriques pouvant être la conséquence de conduites addictives et à l’inverse certaines conduites addictives pouvant être la conséquence de troubles psychiatriques par recherche d’auto-médication. D’autre part ces troubles ont souvent des facteurs étiopathogéniques communs (stress, abandon, maltraitances dans l’enfance, adversité sociale…) dont ils peuvent être des conséquences, elles-mêmes en interaction croisée. Autant dire qu’il ne s’agit pas de simples co-occurrences, de rencontres accidentelles, mais bel et bien de comorbidités en interaction voire même de pathologies duelles, l’expression à double-visage d’un désordre commun en amont…

Le projet que la Fédération Addiction mène depuis 2016 s’inscrit dans une urgente nécessité de mieux accompagner ces situations parmi les plus fréquentes, les plus complexes et aux parcours les plus chaotiques.

L’objectif du projet est de :

  • Identifier les principales difficultés qui font barrière à un parcours de soin optimalisé pour des patients souffrant de troubles comorbides (addictions et troubles psychiques).
  • Repérer les expériences innovantes d’articulation concluantes de professionnels
  • Analyser les pratiques positives de coopération opérantes sur le territoire
  • Proposer des pistes d’amélioration de la prise en charge partant de l’analyse de ces pratiques
  • Partager et diffuser une vision commune de la problématique en s’appuyant sur les exemples opérants

La démarche participative (2016-2018) a permis de mettre en exergue un certain nombre d’enjeux inhérents à l’articulation entre les acteurs de la psychiatrie et ceux de l’addictologie. Une démarche qui s’est déroulée en trois étapes :

  • De 2016 à 2017, une première enquête a été effectuée via des questionnaires envoyés au secteur hospitalier, au médico-social et de la ville (MG).
  • Une centaine de ces questionnaires ont été retournés et ont permis d’apporter des données sur le repérage, l’évaluation, les freins et les leviers principaux des structures et des informations sur les partenariats mis en place.
  • De 2017 à 2018, une seconde partie du projet s’est focalisée à réaliser une trentaine d’entretiens téléphoniques et des visites de structures sur site.
  • Une étape importante qui a permis de dégager certains enjeux spécifiques à chaque dispositif, les leviers qui permettent de favoriser l’articulation ainsi que les possibilités d’évolution du lien entre les acteurs.
  • En 2018, six journées d’échanges thématiques et de réflexion ont été proposées aux professionnels de terrain.
  • Chaque journée a réuni une quinzaine de professionnels des addictions, de la psychiatrie et de la santé mentale, des associations d’usagers, des médiateurs de santé pairs et des usagers afin de croiser les regards autour des thématiques suivantes : Le rôle du psychiatre en médico-social ; La prise en charge intégrée ; Le rétablissement ; Le rôle des pairs-aidants ; L’accompagnement et l’accueil des publics en situation de précarité ; Les ELSA en psychiatrie.

Le guide « Addictions et troubles psychiatriques » met en avant et valorise les actions de coopération entre les acteurs, et souligne notamment le besoin de :

  • Travailler sur des objectifs communs et mettre au centre la notion de qualité de vie et de mieux-être des personnes accueillies ;
  • Valoriser les actions de coopération des acteurs et le renforcement des partenariats ;
  • Encourager à travailler sur les modèles communs : le rétablissement, la pair-aidance… ;
  • Valoriser les approches intégrées et la transdisciplinarité des équipes.