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Réunion 26 septembre 2018 – La peinture pour survivre et vivre

Réunion du 26 septembre 2018 – La peinture pour survivre et vivre

Avec sa barbichette soignée, Bernard Neveu dit Lagorio, son nom d’artiste, a des faux airs de d’Artagnan, mais ses armes sont ses pinceaux ou plutôt son couteau, car c’est la peinture au couteau qui a sa préférence.

Bernard n’a pas eu la vie facile. Enfant solitaire, silencieux, presqu’autiste, il se réfugiait dans sa chambre pour lire des BD et passait des heures à dessiner des personnages. Le dessin qu’il attrape comme un heureux virus, puis la peinture dont il acquiert la technique à 22 ans dans la prestigieuse école Duperré, ont été sa colonne vertébrale. ” J’ai 61 ans, exercé divers métiers mais aucun ne m’a satisfait. La jouissance de dessiner et de peindre a été ma raison de vivre pendant toutes ces années et l’est encore”.

Après s’être essayé à la BD, il se consacre tout entier à la peinture au début des années 90 et rencontre vite un certain succès. “Je trouvais facilement des lieux où exposer, dans des cafés ou des restaurants notamment, et mes tableaux commençaient à se vendre”. Bernard est malheureusement rattrapé par ses difficultés psychiques. ” J’ai sombré dans une dépression qui couvait depuis l’enfance et qui est allée crescendo, de pair avec un alcoolisme grandissant”. A l’hôpital Saint-Anne où il se fait soigner, il garde heureusement un contact avec la peinture, grâce aux séances d’art-thérapie organisées le jeudi après-midi. “Cela m’a permis de garder la tête hors de l’eau mais j’avais perdu toute confiance en moi, et de 2002 à 2015 j’ai arrêté d’exposer”.

2015 est une année charnière pour le peintre après que 2009 ait été décisive pour l’homme. “L’arrêt d’alcool en 2009, grâce au mouvement des alcooliques anonymes, m’a permis de me rétablir. En 2015, j’ai découvert l’Artame Gallery, un lieu où je peins au milieu d’autres artistes qui ont également des difficultés psychiques “. L’originalité et la force d’Artame Gallery et de ses ateliers de Belleville (comme l’a déjà expliqué Paolo Merloni – voir le compte-rendu de la réunion du 25 avril 2018) sont de considérer les artistes et non leurs difficultés. “C’est un lieu convivial, d’émulation et de partages, avec des expositions collectives auxquelles je participe avec bonheur et des expositions personnelles, comme celle que j’ai organisée l’an dernier. Cela a très bien marché. J’ai aussi recommencé à peindre chez moi et à exposer dans des lieux insolites, chez un torréfacteur de café à Beaubourg ou un épicier bio au Pré Saint-Gervais “.

Bernard s’anime et est intarissable quand il parle de sa vie de peintre et de ses oeuvres. “Au début des années 90, ma peinture était figurative et oscillait entre expressionnisme et surréalisme. Elle a beaucoup évolué vers des paysages à la limite de l’abstraction, des tableaux qui dépeignent la désolation, les ruines, les guerres …”. Les noms des tableaux parlent d’eux-mêmes : “Sarajevo 1994”, “Alep”, “Vintimille” car le drame des migrants l’affecte énormément ou encore “Vendredi 13, vendredi noir”, réalisé au lendemain des attentats du Bataclan. “Je peins ce qui m’affecte, comme si je chantais du blues “.

Sa créativité se renouvelle sans cesse. Bernard a débuté début 2018 une série de tableaux consacrés à l’Age de pierre. L’effet produit par sa représentation des pierres, dolmens, tumulus ou peintures pariétales est saisissant. La neuvième oeuvre de la série montre un taureau sanguinolent peint sur la paroi d’une caverne. ” J’exposerai dès que possible cette nouvelle série à Artame et je vous y attends “. Bernard a le sourire. La peinture et toutes les démarches qu’il a entreprises pour se rétablir ont métamorphosé sa vie.