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Réunion 30 mai 2018 – Déprimer puis s’en sortir enfin

Pendant près d’une heure, Raphaëlle a raconté avec émotion la terrible dépression qui l’a frappée à son départ à la retraite et comment elle repris goût à la vie.

 

Raphaëlle a beaucoup aimé son métier. “Infirmière, je me suis longtemps occupée des grands prématurés. Dans l’équipe du service de réanimation néonatale, j’étais celle sur qui les autres pouvaient s’appuyer. Personne ne pouvait se douter que j’avais parfois des accès dépressifs qui m’empêchaient d’aller travailler. Je les cachais derrière une autre pathologie”.

Une chape de plomb

Ses difficultés ne datent pas d’hier. Raphaëlle a fait il y a 40 ans une grave dépression qui l’a conduit à l’hôpital Saint-Anne. “Mais globalement, j’ai plutôt bien “géré” mes dépressions et mes angoisses jusqu’à ma retraite. Ma maison, mes enfants, mon travail m’ont apporté le cadre et la stabilité dont j’avais besoin”.

Lorsqu’elle prend enfin sa retraite, il y a deux ans, à 65 ans, elle n’est d’ailleurs pas inquiète. ” Je pensais gérer facilement le vide que laisserait derrière lui le travail, mais cela a été très vite le trou noir”. Une chape de plomb s’abat sur elle. “Je passais mes journées sous la couette, les rideaux tirés, la porte de la chambre fermée pour m’isoler encore davantage du monde. Dans ma tête, c’était parfois le vide absolu, parfois des pensées en boucle sur tout ce que je devais faire, mais la moindre chose me semblait si fatigante …”

L’obsession de se nourrir

Un souvenir la fait aujourd’hui sourire. ” Combien de fois me suis-je habillée, bien décidée à sortir acheter la bonne baguette chaude qui me faisait envie ? Mais impossible de franchir la porte. Et impossible de demander de l’aide. J’aurais pu inviter une amie à prendre le thé. Elle aurait acheté au passage des gâteaux et la fameuse baguette. Parler avec elle m’aurait fait du bien. Mais la dépression coupe entièrement des autres”.

Quand elle déprime, la nourriture est l’une de ses obsessions. ” Je profitais du moindre moment pendant lequel j’allais mieux pour préparer de quoi me nourrir plus tard. De même, si je déprimais lorsque les enfants étaient encore à la maison, mon obsession était de remplir le réfrigérateur pour qu’ils aient toujours à manger”. Et tous les soirs, le même sentiment de culpabilité l’envahit. Elle se dit que cela ira mieux demain et qu’elle se lèvera pour faire ce qu’elle n’a pas fait la veille. Mais peine perdue. “La dépression enferme dans un cercle vicieux. Ce n’est pas le fond du trou mais un trou noir dans lequel seuls comptent la souffrance et le sentiment de n’avoir aucun avenir”.

Des rencontres décisives

Raphaëlle n’attend aucune aide des psychiatres qu’elle ne connaît que trop. “Toute ma vie, je les ai eu en horreur, plus encore que leurs médicaments. J’ai toujours pensé que je ne les intéressais pas, qu’ils étaient payé pour m’écouter et ne le faisaient pas vraiment”. D’ailleurs dès que les choses repartaient, elle quittait le psychiatre qui la suivait pour son généraliste.

Sa sortie de la dépression va pourtant venir des médecins. Raphaëlle avait repoussé à son départ à la retraite une opération délicate. L’équipe médicale la trouve trop déprimée et l’oriente vers le CMP du 11ème. Sa rencontre avec Geneviève, la psychologue qui la reçoit, est décisive. “Je me sentais enfin écoutée, comprise, soutenue. On ne portait pas de jugement sur moi et toute l’équipe du CMP avait le désir de m’aider”.

Il n’y a pas de baguette magique. Le processus de rétablissement était enclenché mais Raphaëlle rechute par deux fois. Sa capacité d’agir se remet pourtant lentement mais sûrement en marche. “On m’a suggéré de suivre les activités proposées par le CMP, notamment le théâtre d’improvisation qu’anime Camille un vendredi sur deux. Désormais, à chaque fois qu’il y avait théâtre, je me levais, y allais, et me sentais mieux. Très vite, j’ai attendu “mes” séances avec impatience.

De nouveau le sourire

L’une de ces séances sert de déclic. On m’a demandé de lire un texte en chantant. ” Je ne pensais pas y arriver car chanter a toujours été une énorme difficulté pour moi. Pourtant je me suis levé, tourné vers le groupe, un air m’est venu spontanément et j’ai chanté mon texte”. Le théâtre, les cours d’informatique qu’elle suit également, le suivi psychologique sont efficaces. Petit à petit, Raphaëlle sort de sa dépression. “Les dépressifs ont peur d’aller bien. Dès qu’ils se sentent un peu mieux, une petite voix leur dit “c’est reculer pour mieux sauter”. Cette fois, lorsque les psychologues du CMP, ses partenaires de théâtre, les personnes de son entourage, lui disent qu’ils sont heureux de la voir de nouveau avec le sourire, elle les croit. “Et je les crois toujours aujourd’hui !”, ré-affirme Raphaëlle en souriant à la salle.