Compte rendu de la réunion inaugurale qui s’est tenue le mercredi 28 février 2818 à 19h30,
7bis rue de Pasteur Wagner,
75011 Paris.

 

Les entendeurs de voix donnent rendez-vous à leurs voix

Lors de cette première réunion d’Acte libre, Ludovic nous a fait part de son expérience “d’entendeur de voix”. Son témoignage s’appuie sur l’ouvrage “Living with voices, 50 stories of recovery (50 histoires de rétablissement)” – malheureusement non traduit en français. “Ce livre montre comment il est possible de surpasser le problème des voix, de reprendre sa vie en main en détaillant notamment 9 chemins de rétablissement que je vais vous exposer”, indique-t-il (afficher et enregistrer la présentation en PDF).

 

Entente de voix ou “magie noire” ?

La salle a très vite réagi. M. a pris la première la parole. Elle se demande si ce qu’elle vit relève d’une pathologie. Elle explique se sentir envoutée par sa voisine de palier. Cette personne d’origine africaine agirait par “transmission de pensée”, par chamanisme, la perturbant jour et nuit. M. regrette que les africains vivant en France considèrent ce sujet comme tabou et refusent d’en parler avec elle. E., membre du groupe d’entendeurs de voix du douzième arrondissement de Paris souligne la limite difficile à trouver entre le problème de M. qui s’apparenterait à de la “magie noire” et l’entente de voix, même si elle considère le trouble psychologique de M. comme bien réel. L’un des participants indique avoir vécu une expérience similaire avec un ami africain.

 

Plus difficile pour certains

Un autre intervenant, M. X. rappelle son passé “d’addict” – il fréquente encore les réunions AA (Alcooliques anonymes) et NA (Narcotiques anonymes). Il rencontre dans son métier des personnes qui entendent des voix. “Moi même, ajoute-t-il, avec  mes problèmes d’addiction, j’entends une voix qui me parle, me juge et m’auto-évalue. Est-ce vraiment une voix ? Est-elle intérieure ou extérieure ? Se parler à soi même est-il considéré comme une “entente de voix”, interroge-t-il ? Ludovic lui répond : “Vous avez votre propre voix. Beaucoup de gens entendent des voix, mais c’est un phénomène plus difficile à vivre pour certains que pour d’autres”.

 

Donner “rendez-vous” à ses voix

Une participante explique arriver à gérer en grande partie ce phénomène grâce aux groupes de parole, sauf si ses émotions la pousse à la dépression. “Il faut essayer de changer le pouvoir des voix, lui suggère Ludovic. Se positionner en tant que ” leader”, essayer de se sentir plus fort que la voix” est efficace pour certains”. “Si les voix sont négatives ainsi que mon état d’esprit, il faut que je m’appuie sur les cotés positifs de mon quotidien. Aucun des deux psychiatres que j’ai consultés ne m’a jamais expliqué cela”, regrette une autre participante. Ludovic revient sur son propre conflit intérieur et sur les solutions de rétablissement décrites dans “Living with voices”. ” Certains parviennent à demander à leurs voix de les “laisser tranquille” ou leur donnent rendez-vous à des moments plus propices de la journée”. Une participante souligne l’intérêt que peut avoir à ces moments la méditation en pleine conscience ou la relaxation.

 

“Rev France”, réseau français des entendeurs de voix

L’une des personnes présentes dans la salle pointe l’importance des groupes de paroles, quels qu’ils soient. “Ils offrent une qualité d’écoute et sont un lieu de parole très particulier et très aidant, en tout anonymat”. Les groupes de parole, espère-t-il, seront à terme le principal moteur de son rétablissement. Quelqu’un s’interroge sur ce qu’un groupe de parole pourrait apporter à un schizophrène de sa connaissance qui s’apprête à quitter l’hôpital. Ludovic lui suggère de chercher des informations à ce sujet sur le site de “Rev France”, le réseau français des entendeurs de voix (www.revfrance.org). Un autre rapporte qu’il a l’impression en entendant ses voix de les visualiser. “Elles sortent et entrent de mon corps en permanence comme si elles étaient chez elles”.

 

Se déculpabiliser

  • entend une voix qui l’incite à se jeter sous le métro. “Mon subconscient me dit alors “non, ne le fait pas, pense à la conductrice et aux gens qui seront marqués à jamais par ton geste”. Une entendeuse de voix se félicite de ce témoignage, arguant que penser aux autres et s’éloigner de son égoïsme lui permet de résoudre en partie ses propres problèmes. Quant à N., elle plaide pour l’entraide et la déculpabilisation. “Les partages aident énormément à cela”, estime-t-elle. Arriver à positiver même pour de petites choses m’aide à rendre ma “voix” moins invasive”.

 

Rester optimiste

La réunion s’achève sur une note optimiste. “Entendre des voix nous ramènent souvent plus bas que terre. Savoir que d’autres connaissent des problèmes de même nature permet de mieux l’accepter et de le “normaliser”, ce que la société refuse de faire. Le mot de la fin revient à une personne qui se présente comme thérapeute. “Je ne l’avais jamais dit avant cette réunion mais j’ai entendu des voix pendant une dizaine d’années. Elles m’ont accompagnées jusqu’à la fin de mon adolescence et ont désormais complètement disparues. ” Un apport positif et encourageant qui laisse aux “entendeurs de voix” une grande partie de leur mystère.